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Le nouvel an de Katharine en-vie de rire !

Katharine est seule en ce dernier jour de l’an. Il est encore très tôt et comme chaque matin elle rend visite à son salon comme on rend visite à un fidèle et vieil ami.  Elle va lentement, sourit aux hellébores ces roses de Noël, s’arrête un instant devant une bougie, songe le temps d’un envol à ces années de jeunesse, reprend délicatement le cours de sa journée.
 Le piano, quelques photos jaunies, le chat sur le fauteuil et le givre au dehors ; tout l’invite à la douceur de vivre, à la lenteur des gestes, à la délicate attention portée aux choses, à la tendresse et au sourire. Délicatesse et élégance face à ce qui la dépasse, respect de ce qui lui a été donné : La Vie. Encore un peu…encore un peu. Si seulement le Bon Dieu voulait bien l’écouter ! Ô elle a bien quelques rhumatismes, des petits maux qui lui tiennent compagnie au fil des années, mais que sont ces maux face à la beauté de ce qui l’entoure ? La chaleur enveloppante de la flamme qui vacille, le chat sur le coussin fatigué de sa nuit, le piano qui bien que silencieux semble se prêter à quelques fantaisies : Katharine s’immobilise un instant, prête l’oreille, un frisson la parcourt ... Schubert, ah Schubert !
La naissance d’une larme vient raviver avec douceur les souvenirs d’enfance, les rencontres amoureuses, les promenades en forêt, les étés entre amis, le parfum de lavande le thym et le figuier. Les jours se sont enfouis, sa jeunesse aussi. Ce soir Katharine sera seule pour la nouvelle année. Elle s’assiéra dans le fauteuil auprès de la cheminée, le chat sur ses genoux, la main tremblante et sage et les yeux fatigués. Elle relira ces quelques vers de l’Adieu d’Apollinaire comme on trinque à l’ami ou au frère trop tôt disparu : « Nous ne nous verrons plus sur terre, odeur du temps brin de bruyère, mais souviens-toi que je t’attends ». Elle ne sera pas seule non, il y a bien longtemps qu’elle ne l’est plus. Lorsqu’elle était jeune encore mais plus maintenant, plus maintenant. Elle a son chat, ses souvenirs et sa musique, la poésie et le givre au dehors. Elle a les arbres qui valsent et qui chuchotent, les feuilles qui tournoient et le frêne qui tremble. Elle a le chant du rouge-gorge le ruisseau qui murmure la forêt qui appelle. Elle a le ciel et les étoiles, l’espace infini au-dessus d’elle, elle a tous ceux qui ont été et tous ceux qui seront.
 Et puis elle est là elle, avec elle-même, avec ce corps tout vieillissant, ses mains tremblantes, sa mémoire qui vacille comme vacille le jour lorsque la nuit approche. Elle est là elle, avec elle-même, avec ses 80 années d’amour et de ferveur. Elle est là, avec son petit sac de tendresse tricoté au coin du cœur. Non Katharine n’est pas seule. Ce soir c’est la Vie qui l’accompagne et si la force et le courage se joignent à elle, à minuit elle ira sous la voûte étoilée se relier à tous ceux qui sont seuls, à tous les oubliés.

Demain, tout recommence…

Le Conservatoire des Arts de l'Etre vous souhaite à tous, accompagnés ou solitaires, de beaux et doux moments sous la voûte étoilée. Il n'y a pas de solitude pour celui qui sait regarder. Que ces dernières heures de l'an de grâce 2016 vous apportent douceur et tendresse, et que vos chemins à venir soient des parterres de roses , des petites fioles d'elixir d'amour et des parchemins de réconciliation. Que la magie et le merveilleux éclairent votre Vie.


Directrice du Conservatoire des Arts de l'Etre

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